Annick Girardin salue la mémoire d’Aimé Césaire, disparu il y a 10 ans : Une puissante leçon d’humanisme et d’universalisme

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L’héritage intellectuel, culturel et politique d’Aimé Césaire, disparu il y a 10 ans jour pour jour, est une puissante leçon d’humanisme et d’universalisme. Son combat inlassable pour les opprimés et pour la République s’inscrivent dans l’esprit du 27 avril 1848, ce jour d’abolition de l’esclavage où la République a donné la liberté et la dignité à tous les hommes, quelle que soit leur couleur de peau. Nous en célébrerons le 170ème anniversaire cette année.

Dix ans après sa mort, c’est la mémoire d’un géant que nous honorons. Tout au long du XXème siècle, les idées et les combats d’Aimé Césaire ont imprégné d’abord la Martinique, puis les Caraïbes, avant de traverser l’Atlantique, de gagner l’Afrique et l’hexagone, pour se diffuser partout dans le monde.

Son héritage est aussi conséquent que sa vie fut riche. Principal inspirateur, avec Senghor, de la « négritude », ce courant d’émancipation contre l’acculturation et l’assimilation forcée, Il combat le colonialisme sous toutes ses formes. Intellectuel et vulgarisateur, il diffuse ses idées en fondant des revues prestigieuses ou en enseignant d’illustres penseurs avant de s’engager en politique et de devenir député et maire pendant de longues décennies.

Il serait réducteur de regarder son parcours de façon linéaire, tant sa trajectoire est complexe. Il n’est pas tantôt un poète, un militant ou un homme politique, il est tout à la fois, et donne lui-même la clé pour déchiffrer son parcours : « Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie ».

Qualifié de « Lumière Noire », la pensée d’Aimé Césaire est celle d’un universaliste moderne, ancré dans la réalité d’un XXème siècle qui n’a pas concrétisé toutes les promesses du précédent. Les penseurs des Lumières l’ont autant influencé qu’il en a lui-même élargi la portée, en inscrivant le combat pour l’émancipation de tous les peuples opprimés, quelles que soient leurs origines, dans l’essence des droits de l’homme et dans l’idéal républicain.

Alors que nous nous apprêtons à célébrer les 170 ans de l’abolition de l’esclavage, le regard que Césaire porte sur ce passé est précieux. Il indique comment un progrès se tisse. Pour lui l’abolition a été permise par le « concours » de « la volonté d’un peuple » et « l’inflexible lucidité d’une politique ». Tout son héritage se retrouve dans cette formule, lui qui aura consacré autant à l’idéal qu’à l’action.

Le 27 avril 1948, lors du centenaire du décret Schœlcher, Césaire expliquait que la portée de l’abolition était telle qu’elle éclipsait les autres apports de la Révolution : « De 1848 (…) que reste-t-il ? (…) rien ne subsiste, rien (…) sinon  la suppression de cette institution qu’une barbarie civilisée avait pendant deux siècles, instaurée et maintenue sur le continent américain : l’esclavage des noirs ».

Dans le même discours, Aimé Césaire rend hommage à la fraternité du peuple de la Révolution : « Celui qui végétait dans les caves, sans feu, sans viande, souvent sans pain mais qui au plus fort de sa misère trouvait dans ses souffrances mêmes, assez de grandeur, assez de générosité, pour adresser une pensée d’affectueuse solidarité à d’autres plus opprimés que lui ».

Le dépassement de soi, l’altruisme, le désintéressement, la lutte acharnée pour l’émancipation des opprimés au sein de la République, voici une constante de la vie d’Aimé Césaire que je retiendrai.  Tous ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui à la Mairie de Fort-de-France me témoignent encore de son engagement quotidien pour les déshérités, les démunis, les délaissés.

La figure d’Aimé Césaire, dont nous célébrons la mémoire en ce 17 avril, est un profond motif de fierté pour tous les martiniquais, tous les ultramarins, tous les Français.

Elle est une leçon d’engagement, de passion pour la liberté, de passion pour une République universelle.

Elle est enfin un motif inextinguible de confiance. Face aux menaces qui assombrissent notre époque, son message nous enjoint d’espérer, car « il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube ».

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