Sécurité civile : comment elle s’est organisée à Saint-Martin (1/4)

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La Sécurité civile n’avait pas dépêché autant d’hommes hors métropole depuis le séisme en Haïti en 2010. Sont présents à Saint-Martin 180 militaires et 60 sapeurs-pompiers civils. «L’ampleur du phénomène [Irma] l’a justifié», précise le lieutenant colonel Christophe (le nom de famille ne peut pas apparaître dans les médias, NDLR). La direction générale de la sécurité civile et de gestion de crise a proposé aux décideurs politiques d’intervenir à Saint-Martin, précisément d’effectuer un pré-positionnement à l’annonce du passage d’Irma comme un ouragan dévastateur ; ce que Paris a accepté. Un premier détachement d’une soixantaine d’hommes est ainsi arrivé le lundi, l’avant-veille après-midi.

«Cela allait nous permettre de faire remonter les informations et d’avoir un rapport de situation objectif.

Les hommes déjà sur le terrain allaient pouvoir préciser les demandes de moyens en vue des prochains détachements déjà programmés», commente le lieutenant colonel Christophe.

Ici, la mission de la sécurité civile est de deux ordres : d’une part, apporter un appui au corps préfectoral avant et après Irma. Deux groupes sont ainsi constitués, l’un en préfecture, le second à la caserne de gendarmerie à la Savane. D’autre part, apporter assistance et aide à la population, c’est-à-dire lui porter secours, de l’eau, de la nourriture et des tentes. Mais juste après le passage d’Irma, la priorité est de «rouvrir les routes», notamment la RN 7.

Les militaires doivent pouvoir circuler pour estimer les dégâts, envoyer un premier rapport à Paris et affiner les besoins en renfort.

«Nous sommes sortis à pied et là premier obstacle : un conteneur de 40 pieds au milieu !», raconte le capitaine Joël qui était basé à la gendarmerie de La Savane. «Ensuite, on a un mort. Des gens étaient venus chercher de l’aide à la gendarmerie pour une personne qui avait fait un malaise, les hommes ont fait un massage mais ils n’ont rien pu faire», poursuit-il.

Pour le déblayage immédiat et la réouverture de la RN 7 vers l’aéroport, deux engins TP (travaux publics) dont une tractopelle avaient été réquisitionnés.

«Nous estimé à 95 % le nombre d’habitations touchées», confie le colonel Christophe. À Paris, «nous avons indiqué qu’il n’y avait pas de blessés au sein du détachement, que le principal axe, la RN 7, était dégagé et que l’aéroport fonctionnait», complète-t-il.

Pendant ce temps, en métropole, le deuxième détachement composé de quatre-vingts hommes termine de se préparer pour partir. Il s’envolera dans l’après-midi (heure de métropole) pour la Guadeloupe. Il arrivera à l’aéroport de Grand Case «jeudi au petit matin».

La sécurité civile est totalement autonome. Ses militaires et sapeurs-pompiers se déplacent avec tout le matériel nécessaire pour vivre localement. «Nous avons un stock d’eau de 48 heures et avons emmené de la nourriture pour 10 jours.

Au niveau du logement, nous faisons des réquisitions», explique le lieutenant colonel Christophe. À Saint-Martin, les hommes sont logés dans le nouveau centre commercial à Hope Estate. Les boutiques sont transformées en QG. Dans les vides, des douches et toilettes sèches ont été installées, dans une autre ce sont les lits de camp qui ont été posés. Dans l’espace du concessionnaire de voitures s’entassent des malles de matériel. Une salle de réunion a été aussi été montée avec ordinateurs, chaises de bureau et cartes au mur. Le centre opérationnel décisionnel de la sécurité civile se situe toutefois au lycée des îles du nord, réquisitionné lui aussi par l’État.

Le caractère insulaire de Saint-Martin a généré une certaine «complexité» et demandé une adaptation particulière. Si en métropole, vous pouvez demander l’aide des départements alentours, ici ce n’est pas possible. «Nous nous appuyons sur la Guadeloupe qui est aussi une île qui s’appuie elle même sur la Martinique qui est aussi une île et nous devons en tenir compte dans notre organisation», fait remarquer le lieutenant colonel Vincent. Une base arrière a été montée en Guadeloupe avec dix hommes à qui le commandement à Saint-Martin fait remonter ses besoins, à charge pour la Guadeloupe d’organiser l’acheminement. Malgré cette contrainte insulaire, «nous avons très bien fonctionné. Nous n’avons jamais eu de rupture», note le lieutenant colonel Vincent.

La logistique a aussi été rendue difficile avec José et Maria ; le premier cyclone qui devait toucher les îles du Nord a retardé les opérations et Maria a nécessité un sur-acheminement. «Nous avons pris la décision de sur-acheminer pour être sûrs de ne manquer de rien», confie le lieutenant colonel.

Sur le terrain, sapeurs-pompiers et militaires sont déployés pour aider la population. «Nous étions là depuis le début. Les gens ont peut-être eu le sentiment que nous n’étions pas là car ils ne nous voyaient pas, nous étions dans des voitures banalisées réquisitionnées», souligne le lieutenant Adrien. Ils sont sur les toits pour les bâcher, dans des camions pour distribuer l’eau et la nourriture.

Leur mission est d’intervenir en cas d’extrême urgence, les jours suivant la catastrophe. Trois semaines après le passage d’Irma, elle commence ainsi à toucher à sa fin. Une première partie des hommes doit quitter Saint-Martin cette semaine. Quelques jours de repos et les militaires seront prêts à repartir vers d’autres opérations.

Source : www.soualigapost.com

À suivre dans nos prochaines éditions :

Sécurité civile :

Comment vient-elle en aide aux Saint-Martinois (2/4)

  « quelque chose de terrible » (3/4)

 Un vrai défi de logistique (4/4)

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